transparenc(i)es

Herménégilde Chiasson

Exposition du 15 mars au 18 mai

Transparenc(i)es est une exposition née d’un travail sur l’idée de produire des traces en utilisant plusieurs dessins sur une même surface, les empilant un peu à la manière des graffitis afin de créer une texture ou un palimpseste sur plusieurs couches en vue de produire une sorte d’archéologie du procédé créatif.

Ces dessins sont de grands formats, pour ce type de production, et ils se détachent un peu comme des fresques sur la fragilité du papier réclamant l’autonomie d’une forme d’art qui, traditionnellement, était vouée à la préparation d’œuvres plus majeures et plus définies.

En tant qu’écrivain/artiste visuel, le dessin me convient particulièrement bien puisque les instruments qu’il utilise sont les mêmes que ceux de l’écriture.

Cette exposition rassemble plusieurs dessins qui établissent un dialogue à travers les transparences de leur surimposition.

Le médium utilisé ici est celui des pastels mous, une technique ancienne qui de nos jours peut paraître dépassée, mais qui, dans le cas de ce projet, prend toute sa signification, nous réconciliant avec la manière complexe de rallier diverses dimensions dans le but de laisser des traces linéaires.

Le dessin est sans aucun doute, comme la voix, un médium dont la disponibilité pratique et commune nous permet de prendre des notes sur une petite ou une grande échelle.

À une époque où nous sommes envahis de moyens autrement plus efficaces dans la production des images, le dessin apparaît comme une entreprise poétique et approximative, nous réconciliant avec une manière intense de regarder et de traduire en lignes le monde autour de nous.

Déclaration d’artiste

En 2017, il y aura cinquante ans, depuis Sélection 67, ma première exposition professionnelle au sens il y eut un catalogue et un commissaire qui choisit les oeuvres et écrivit un texte. Depuis cette époque qui me semble aujourd’hui fort lointaine j’ai étudié dans des institutions de grande renommée, enseigné, participé à la mise sur pied de galeries d’art et organismes divers, écrit de nombreux articles, servi comme commissaire mais surtout produit un ensemble de travaux que j’ai exposé ici, au Nouveau-Brunswick, et sur la scène nationale te internationale.

Mon travail s’est d’abord concentré sur des travaux de nature plus traditionnelle, principalement peinture et dessin. Pendant et suite à mes études à Mt. Allison, je me suis intéressé à des travaux d’ordre plus conceptuel, travaux poursuivis en estampe lors de mes études en France à l’École nationale supérieure des arts décoratifs et à l’Université Paris 1 (Sorbonne). Ma thèse de doctorat en esthétique porte sur la photographie américaine, ce qui m’a amené à poursuivre mes études à l’Université de New-York et à incorporer l’image photographique dans mes livres d’artiste et dans plusieurs autre travaux. Mes longues études qui ont pris fin en 1983, soit à l’âge de 37 ans, sont une sorte de témoignage de l’immense rattrapage nécessaire à développer une pensée orientée vers la modernité, vers la pertinence et vers l’exigence d’une vision souvent à contre-courant du milieu ambiant.

Parallèle à mon activité d’artiste visuel j’ai aussi une pratique d’écrivain qui s’est souvent croisée à celle de mon travail comme artiste. Ceci m’a amené à faire oeuvre de critique et d’essayiste car je suis convaincu qu’il est important de mettre des idées en circulation et de débattre de ces idées sur la place publique. Provenant d’une société et d’un milieu où ce type d’activités fait figure de nouveauté, je me suis appliqué à faire en sorte que nous puissions articuler nos ambitions et trouver le moyen de les mettre en circulation. En ce sens mon engagement envers la communauté s’est toujours articulé sur plusieurs axes mais principalement en essayant de faire de la culture et de l’art en particulier des éléments importants de notre présence et de notre devenir. Je considère comme un honneur et un privilège le fait d’avoir pu faire ma contribution artistique ici au Nouveau-Brunswick.

Pour ce qui est de mon travail artistique je me rends compte que j’ai fait une sorte de retour complet au sens où, après avoir oeuvré de nombreuses années dans une perspective plus conceptuelle, je suis revenu vers la figuration et la peinture. La plupart de mes expositions sont organisées autour d’un thème, d’une technique ou même d’une couleur qui leur donnent une unité en rapport avec le lieu où elles prennent place. Ceci m’a porté vers une vision plutôt éclectique en accord non pas avec un style en particulier pour mettre de l’avant une recherche et une curiosité qui selon moi sont beaucoup plus porteurs d’innovation. Je sais aussi qu’on échappe pas à soi-même et qu’il se dessine à notre insu une manière de voir et de faire qui, de l’extérieur, finit par être identifié à un style.

Biographie

Né en 1946 à St-Simon dans la Péninsule Acadienne du Nouveau-Brunswick, Herménégilde Chiasson est considéré comme l’un des principaux artisans de la modernité acadienne. Il détient des baccalauréats de l’Université de Moncton et de la Mount Allison University, un Master of Fine Arts de la State Université of New York, un diplôme de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris et un doctorat de l’Université de Paris 1 (Sorbonne). Il a été réalisateur à la radio et à la télévision de Radio Canada, réalisateur au cinéma et professeur à l’Université de Moncton.

Écrivain, il a publié plus de 50 livres depuis 1974. Comme dramaturge il est l’auteur d’une trentaine de pièces de théâtre. Au cinéma, il a réalisé une quinzaine de films et, en arts visuels, il a produit plus de cinquante expositions solos et participé à une centaine d’expositions de groupe. Dans ce domaine il a également œuvré à titre de commissaire, de critique, d’enseignant et participé à la création et à la direction de divers organismes voués à la diffusion des arts visuels.

Il a aussi été président et/ ou membre fondateur de plusieurs institutions culturelles d’importance au Nouveau-Brunswick. Il a fait partie du Conseil exécutif du Conseil des Arts du Canada, présidé l’Association acadienne des artistes professionnelles du Nouveau-Brunswick et le Conseil d’administration du Centre culturel Aberdeen.

Il a reçu plusieurs bourses, récompenses et prix d’excellence pour son travail et son implication dans le milieu culturel. Au nombre de celles-ci, le Gouvernement français l’a fait Chevalier de l’Ordre des Arts et Lettres et Grand officier de l’Ordre du mérite. II est membre de l’Ordre du Nouveau-Brunswick et officier de l’Ordre du Canada, de même que de l’Académie Royale du Canada et de la Société Royale du Canada. Les universités de Moncton , Mount Allison, Laurentienne, McGill et St. Thomas lui ont décerné des doctorats honorifiques. En 2011, il a reçu le Prix Molson du Conseil des arts du Canada. De 2003 à 2009 il a été le 29e lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick.